"La Ligue ne se borne pas à prendre en charge la portion de justice inscrite dans la loi ; elle veut inscrire dans la loi la totalité de la justice." Victor BASCH au Congrès de 1929. Il a été président de la LDH de 1926 à 1944. Il fut assassiné avec sa femme Ilona par la milice française le 10 janvier 1944.

jeudi 3 mai 2018

Solidarité avec le Pays Basque - 4 mai : rencontre internationale pour faire avancer la résolution du conflit au Pays Basque

Lire sur le site BAKE BIDEA - Le chemin de la paix  
Lire la Tribune de Michel Tubiana, président d’honneur de la LDH :
 Le choix de la paix
3 mai 2018
L’autodissolution de l’ETA met un terme à un processus qui a débuté en 2011, s’est poursuivi en 2017 par le désarmement, et se clôt en 2018 par une analyse des erreurs et fautes commises et la disparition de cette organisation. Par Michel Tubiana, président d’honneur de la LDH.
Le choix politique qui a été fait de proscrire le recours à la violence et d’adhérer à la vie démocratique fait l’objet de deux interprétations. Celle des autorités espagnoles, en particulier du parti populaire au pouvoir, qui relève de la victoire militaire contre l’ennemi accompagné d’un « vae victis » qui frappe ceux et celles qui sont emprisonnés ou que l’on pourchasse encore. La décision toute récente de la juge d’instruction, en charge des affaires catalanes par ailleurs, de tenter de poursuivre des personnes emprisonnées en France pour crimes contre l’humanité, l’organisation de procès contre des membres de l’ETA mais aussi contre celles et ceux qui se bornent à dire publiquement leur adhésion au processus de paix ou le refus de mieux traiter les prisonniers, attestent de l’impossibilité de ces autorités de penser la situation autrement qu’en termes de vengeance. D’une vengeance qui s’ancre dans l’histoire de l’Espagne, qui sonne comme une revanche contre des hommes et des femmes qui ont légitimement lutté contre le franquisme avant de se fourvoyer dans une logique militaire qui a hypothéqué l’idée d’indépendance et les a conduit à des violences inacceptables.
Qui peut penser un seul instant que continuer à poursuivre, juger, emprisonner, stigmatiser apportera l’apaisement souhaité et souhaitable ?
L’autre interprétation s’inscrit dans une autre perspective : celle d’une société réconciliée avec elle-même, en mesure de mener les débats qui l’agitent dans un cadre démocratique, respectueuse de l’Autre et qui refuse toute vérité sélective.
Ce n’est pas le chemin le plus aisé. Il implique d’écouter les souffrances endurées et de ne rien cacher. Car cette histoire ne s’écrit pas en noir et blanc. S’en tenir à l’ETA postfranquiste et militarisée, c’est oublier ce qu’ont été les années antérieures et leur cortège d’humiliations et de violences. C’est oublier que la torture a accompagné les GAL dans une quasi-impunité au point que la CEDH vient encore de condamner les plus hautes juridictions espagnoles pour avoir innocenté des forces de l’ordre manifestement coupables d’actes de tortures[1]. Ce qui est ici en cause, ce n’est pas un quelconque marchandage entre les responsabilités des uns et des autres, c’est l’absolue nécessité de ne rien laisser dans l’obscurité y compris lorsqu’il s’agit de faire la vérité sur des affaires encore non élucidées. C’est dans l’obscurité que s’entretiennent les rancœurs et les haines.
Dire ce qu’ont été ces années, c’est aussi reconnaître les victimes, toutes les victimes, pour ce qu’elles sont et pour leurs souffrances. Pas pour en faire des enjeux d’intérêts partisans ou politiques mais bien pour leur restituer leurs droits de femmes et d’hommes qui ont subi et subissent encore.
C’est, enfin, admettre que cette histoire ne se raconte pas d’une seule voix et qu’entendre ce que dit l’Autre, c’est admettre d’être bousculé dans ses certitudes.
Est-ce que ceci passe par les canons habituels du système judiciaire ? Probablement pas, tant celui-ci s’avère incapable, d’un côté et de l’autre des Pyrénées, de prendre acte des évolutions qui ont eu lieu quant il ne donne pas la sensation de vouloir les ignorer au profit d’apriori idéologiques voire politiques.
C’est aux sociétés civiles qu’il appartient de faire entendre aux autorités françaises et espagnoles que le choix de la paix ne peut être enfermé dans les formes rigides de la justice qui, pour reprendre une formule célèbre, ne reste qu’une administration bien qu’elle porte le nom d’une vertu.
L’imagination du cœur et de la raison doit permettre d’élaborer des moyens et des méthodes qui, certes, sortiront des cadres habituels, mais qui permettront de construire un dialogue entre tous les acteurs de cette histoire sans nier les responsabilités de chacun mais aussi sans se perdre dans les travers d’une vengeance perpétuelle.
La responsabilité des dirigeants politiques, en France comme en Espagne, c’est d’accompagner ce mouvement et non de l’empêcher. Les autorités françaises ont commencé à desserrer l’étau carcéral tout en restant très deçà de ce qui peut être fait. Il faut mettre à profit ce moment précieux pour faire le choix définitif de la paix.
Michel TUBIANA
Président d’honneur de la LDH
Artisan de la paix
[1] Décision non définitive du 13/02/2018 Portu Juahenea et Sarasola Yarzabal c/ Espagne