vendredi 7 août 2026

Conférence de presse du FLNC- UC : Interview d'André Paccou pour la section sur RMC

"Ces déclarations font craindre un retour d'un cycle de violences. André Paccou, délégué en Corse de la Ligue des droits de l'Homme, redoute "une reprise des attentats, notamment sur les résidences secondaires", suivie "de réactions de l'antiterrorisme, de répression". "Ce cycle, on le connaît, c'est un enfermement politique", alerte-t-il auprès de RMC Story. Selon lui, l'État porte également une part de responsabilité en n'ayant pas suffisamment entendu les revendications corses."

RMC Story 34'

jeudi 6 août 2026

Quartiers de lutte contre la criminalité organisée, la LDH aux côtés de l’Observatoire International des Prisons (OIP)

Le 1er anniversaire des QLCO
Le 22 juillet dernier, le ministère de la justice et l’administration pénitentiaire ont communiqué sur les réseaux sociaux à propos du premier anniversaire de la création des quartiers de lutte contre la criminalité organisée - QLCO. Le ministère indique : « Il y a un an jour pour jour le QLCO de Vendin-le-Vieil accueillait ses premières personnes détenues » et précise « un autre QLCO a été mis en service à Alençon-Condé-sur-Sarthe » en octobre. Ces installations venaient à la suite de la promulgation de la Loi visant à sortir la France du piège du narcotrafic en juin 2025.
Le ministère informe qu’aujourd’hui ce sont « 140 détenus les plus dangereux de France » qui sont incarcérés dans ces deux QLCO. A l’occasion de ce 1er anniversaire, il annonce la création très prochainement d’un 3ème QLCO à Réau, puis d’un 4ème et d’un 5ème en 2027 à Valence et Aix-Luynes. Il se félicite de la « sécurité maximale » au sein de ces QLCO avec des « caillebotis aux fenêtres, des arrêtoirs de porte, des trappes de menottage, des parloirs sans contact avec hygiaphone, des salles de visioconférence pour limiter les extractions » …

Badinter renié en même temps que panthéonisé
C’est devant l’Assemblée de Corse, le 27 février 2025, que le ministre de la Justice Gérald Darmanin avait annoncé la création de ce régime de détention spécifique précisant que celui-ci était inspiré du modèle italien appelé 41-bis. Un autre ministre de la Justice avait supprimé les quartiers de haute sécurité - QHS en 1982. Il entendait lutter contre « un régime carcéral inhumain » et agir au nom du refus de l’« indignité d'un État de droit qui se nie lui-même ». C’était Robert Badinter, panthéonisé le 9 octobre 2025, jour anniversaire de l'abolition de la peine de mort en France mais aussi à quelques semaines du rétablissement des QHS sous ce nom de QLCO.

En janvier 2026, pour la 9e fois, la France a été condamnée par la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) en raison des conditions de détention et notamment pour traitements inhumains et dégradants dans ses prisons. De son côté, l’Etat se félicite de cette « avancée » dans la répression à coups de mesures d’exception. En revanche, pour les personnes incarcérées dans les QLCO, pour leurs familles, pour l’OIP et la LDH, l’inquiétude grandit.   

Que se passe-t-il au QLCO du centre pénitentiaire de Vendin-le-Vieil ?
Des familles de détenus constituées en collectif et soutenues par l’OIP dénoncent des traitements inhumains et dégradants, une rupture insoutenable des liens familiaux : « Pour plusieurs d'entre nous, cela fait aujourd'hui plus d'un an que nos proches, placés sous le régime QLCO vivent sans le moindre contact physique avec leur famille. Pas une main serrée, pas une étreinte, pas un geste de réconfort simple depuis plus de douze mois. [Cette privation] dégrade fortement les personnes détenues comme leurs proches, sans que cette dégradation ne serve aucun objectif de sécurité ou de réinsertion. » Elles interpellent sur des atteintes graves au secret professionnel et aux droits de la défense : « Plusieurs avocats de nos proches se sont vu demander par l'administration pénitentiaire d'être placés sur écoute, ou à tout le moins d'accepter une forme de surveillance de leurs échanges téléphoniques avec leur client, alors même que ces conversations portent sur la préparation de la défense. »

Que se passe-t-il au QLCO du centre pénitentiaire d’Alençon-Condé-sur-Sarthe ?
Dans des recommandations en urgence publiées au Journal Officiel le 9 juillet 2026, le Contrôleur général des lieux de privation de liberté signale : Les constats effectués … révèlent des violences commises sur des détenus par des membres du personnel pénitentiaire [dont] l’usage disproportionné de la force, des brimades, des propos enfreignant la loi et la déontologie... Lors des fouilles à nu, particulièrement nombreuses, un mécanisme récurrent d’escalade s’exerce … Des modalités de réalisation de ces fouilles sont humiliantes ou brutales : maintien en équilibre sur un pied, bras tendus sans possibilité de prendre appui … Lorsqu’il est fait usage de la force et notamment de pratiques de « pliage », les détenus, le cas échéant déjà nus, sont projetés ou immobilisés au sol. Ces techniques d’immobilisation peuvent s’accompagner de doigts dans la bouche et dans les yeux, de pratiques asphyxiantes, de prise des parties génitales. Dans un bureau occupé par des officiers, un tableau blanc porte l’inscription :“ Si tu peux parler, c’est que tu respires
”. Dans plusieurs situations documentées, ces violences ont entraîné des lésions médicalement constatées… Les agents du QLCO portent en permanence une cagoule. Le sentiment d’impunité se développe d’autant plus que les détenus ne disposent pas de véritables moyens d’identifier les agents fautifs. »
Le 18 juillet, le Tribunal administratif de Caen, notamment saisi par la LDH, a confirmé ces atteintes graves aux droits fondamentaux des personnes incarcérées en ordonnant au ministre de la Justice « de prendre toutes les mesures utiles afin de mettre un terme, dans les meilleurs délais, aux comportements contraires à la déontologie commis par certains agents lors de leurs interactions avec les personnes détenues au quartier de lutte contre la criminalité organisée (QLCO) du centre pénitentiaire d’Alençon-Condé-sur-Sarthe ».

Face à toujours plus d’exception, à toujours plus de dénis d’humanités, la LDH en appelle à défendre toujours plus les droits.

Ajaccio, le 6 août 2026

mardi 4 août 2026

Colonisation de la Cisjordanie : après la reconnaissance de l’État de Palestine, la France doit agir

Tribune publiée dans l'Humanité, signée par plusieurs membres de la section et du bureau de la section

https://www.humanite.fr/.../colonisation-de-la...

La reconnaissance officielle de l’État de Palestine a constitué, pour de nombreux militants œuvrant pour une paix juste et durable au Proche-Orient, l’aboutissement de plusieurs années, voire de plusieurs décennies, de mobilisation. Néanmoins, elle ne peut rester seulement symbolique et doit s’accompagner d’actes forts.

Publié le 4 août 2026

Il y a presque un an jour pour jour, le journal L’Humanité publiait une tribune qui avait rassemblé plus de 150 élus, citoyens, artistes, syndicalistes, militants politiques et associatifs afin de défendre la ferme Hakoritna et la famille Odeh, propriétaire des lieux. À l’initiative de Fayez Odeh, le chef de famille, cette ferme est devenue un lieu d’accueil, une école ouverte à quiconque souhaite se former aux questions d’autonomie alimentaire et de permaculture.

La mobilisation locale et internationale autour de la ferme Hakoritna avait permis de stopper les projets de destruction des forces d’occupation israéliennes. Néanmoins, la répression contre la famille Odeh n’a pas cessé pour autant. Mardi 28 juillet à 2 h 00, Adi, l’un des fils de la famille, a été arrêté par les forces d’occupation israéliennes, sans qu’aucun de ses proches ne reçoive la moindre information sur son sort.

Le cas de Fayez et des siens n’est cependant pas isolé. Alors que les médias et de nombreux citoyens avaient les yeux rivés sur Gaza et sur l’épuration ethnique en cours, le gouvernement d’extrême droite de Benyamin Netanyahou a renforcé son soutien aux colons en Cisjordanie, accélérant de facto la colonisation des territoires officiellement contrôlés par l’Autorité palestinienne selon les Nations unies. Le 24 juillet dernier, un raid de colons israéliens armés dans un petit village proche de Naplouse a fait quatre morts. Depuis le début de l’année 2026, 87 Palestiniens ont été tués en Cisjordanie : 66 par l’armée israélienne et 21 par des colons agissant au mépris du droit international.

En septembre 2025, le président de la République, Emmanuel Macron, annonçait à la tribune de l’ONU que la France reconnaissait officiellement l’État de Palestine. Cette annonce a constitué, pour de nombreux militants œuvrant pour une paix juste et durable au Proche-Orient, l’aboutissement de plusieurs années, voire de plusieurs décennies, de mobilisation. Néanmoins, cette reconnaissance ne peut être seulement symbolique : elle doit s’accompagner d’actes forts.

Nous, signataires de cette tribune, exigeons que, dans le prolongement de cette reconnaissance, la France s’engage publiquement :

● à interdire de territoire les colons israéliens, en particulier ceux coupables d’actions violentes ;

● à rompre les accords commerciaux qui la lient à Israël, tant au niveau national qu’européen ;

● à agir au sein des Nations unies afin que des Casques bleus soient déployés dans les territoires occupés illégalement ainsi que dans les zones de tension, notamment à Jénine ou à Naplouse, afin d’éviter que les drames humains ne se multiplient.

Nous, citoyens, militants associatifs, politiques et syndicaux, artistes, élus, issus d’horizons et de familles politiques différents, souhaitons que la France se souvienne que le droit international n’est pas à géométrie variable et qu’accepter cet état de fait mène rarement à la paix.

Or, pour qu’un État palestinien puisse vivre en paix aux côtés de l’État d’Israël, il faut que les frontières de celui-ci soient respectées et que, le cas échéant, la communauté internationale agisse pour les faire respecter.

Si vous souhaitez vous associer à cette tribune, merci d’envoyer votre NOM + PRÉNOM + Qualité à l’adresse suivante : TribuneCisjordanie@outlook.com

Signataires :

mercredi 29 juillet 2026

LDH : Les raisons de notre retrait de la commission contre les pratiques mafieuses de la Collectivité de Corse – Lettre ouverte aux élu·e·s de l’Assemblée de Corse

Ajaccio, le 29 juillet 2026

Après avoir participé aux premières réunions de la commission contre les pratiques mafieuses de la Collectivité de Corse et pris connaissance de ses derniers travaux, le bureau de la section de Corse de la LDH a décidé de se retirer de cette instance. A titre liminaire, nous tenons à remercier les présidences et les élu·e·s de la CdC qui ont soutenu notre présence dans cette commission.

Nous avions considéré que notre participation faisait sens au regard de notre mandat. La LDH « combat l’injustice, l’illégalité, l’arbitraire, l’intolérance, toute forme de racisme et de discrimination… toutes formes de corruption, de manquements à la probité… Elle lutte en faveur du respect des libertés individuelles… contre toute atteinte à la dignité… » - Art. 1 des statuts et règlement intérieur de la LDH ; extraits.

Nous nous référions également à la délibération de l’Assemblée de Corse relative à la lutte contre les pratiques mafieuses : proposition pour une société libre, apaisée et démocratique du 28/02/2025 et à son annexe, un rapport du président du Conseil exécutif établissant un bilan des travaux engagés sur les dérives mafieuses en Corse depuis novembre 2022 et présentant, dans la continuité de ce bilan, 30 mesures dont la création de la commission. La délibération et le rapport fixent le cadre politique de ces mesures.

Le 19 juin dernier, la commission a médiatisé son programme d’actions structuré en huit ateliers thématiques.[1] En référence à leur intitulé, six d’entre eux se donnent pour but de repérer les pratiques mafieuses en scrutant la société corse au travers de l’ensemble de ses activités économiques et administratives. Urbanisme, Padduc, agriculture, fonctionnaires, élus, commande publique, CCI, dispositif fiscal, travail des entreprises… Sont ainsi concernés le secteur public comme le secteur privé. C’est l’angle des atteintes à la probité, de la corruption, de la prise illégale d’intérêt, du blanchiment… qui s’impose comme l’approche privilégiée.

La vision qui sous-tend un tel programme est celle d’une société sous emprise mafieuse que la commission entend révéler par son action. En ce sens, elle poursuit le débat sur la revendication d’un droit pénal d’exception, avec la « définition du délit et de l’association mafieuse » à laquelle elle consacre un septième atelier. 

Nous rejetons cette vision et le risque évident d’amalgames qu’elle implique. Toute corruption, toute fraude, tout dysfonctionnement dans les institutions, tout écart à la loi dans le domaine de l’urbanisme ou financier seront associés à une pratique mafieuse. C’est ainsi que l’effet cumulatif de ces transgressions pourra démontrer l’existence d’une emprise mafieuse sur la société corse et par suite valider le délit d’association mafieuse que la commission veut définir.

L’expression « emprise mafieuse » remet à l’ordre du jour un autre amalgame persistant et qui a la vie dure au sein de l’Etat. En janvier 2025, un ancien préfet de Corse a déclaré devant la commission de l’Assemblée nationale chargée de la réforme institutionnelle de la Corse : « Le crime organisé imprègne l’intégralité de la société corse ». Son propos a fait la une et a aussitôt été repris comme argument par les opposants à la perspective d’accorder plus de responsabilités aux élu·e·s corses. En effet dans un tel contexte insulaire d’imprégnation du crime organisé ou d’emprise mafieuse (les deux expressions étant alors interchangeables), ces opposants insistent sur le danger qu’il y aurait à donner un pouvoir législatif à l’Assemblée de Corse.  

Le propos du préfet et les réactions qu’il a suscitées parmi les opposants à un statut d’autonomie ne sont pas sans rappeler une formule particulièrement méprisante pour notre société que l’on trouvait en 1998 dans le rapport de l’Assemblée nationale sur l’utilisation des fonds publics et la gestion des services publics en Corse. Il y était visée « l’attitude que les Corses observent à l’égard du droit, et plus généralement, à l’égard des règles d’organisation d’une société démocratique moderne ». Près de trente années séparent le rapport Glavany et le propos de l’ancien préfet de Corse. Décidément, en matière de préjugés anti corses dont la supposée complicité partagée de la société corse avec la criminalité organisée, le temps n’y fait rien. Tant que la violence criminelle en Corse sera considérée au sein de l’Etat comme un mal endogène, tant que perdurera cette méfiance vis-à-vis de la Corse, la question de l’ordre se substituera à la question démocratique.

En faisant ainsi de la société corse un bouc-émissaire, l’Etat s’exonère de ses responsabilités. Pourtant, par manque de moyens de la police et de la justice, mais aussi par manque de volonté politique comme l’ont rappelé plusieurs universitaires auditionnés à l’Assemblée de Corse, il a contribué à la situation actuelle. Il a laissé prospérer une impunité face aux violences criminelles notamment les exécutions sommaires. Il a ainsi donné force à la « loi » du plus fort. Il a ouvert la porte à des dérives mafieuses.

Quant à la définition d’un délit d’association mafieuse, elle s’inspirerait de la loi antimafia italienne ou plutôt d’une lecture mythifiée de cette loi. Si le dispositif pénal italien a pu être efficace un temps en Sicile, il est aujourd’hui en grande difficulté face aux mafias italiennes. En Calabre, ‘Ndrangheta développe son action dans le contexte de la mondialisation ultralibérale « pour investir [selon les informations du journal Le Monde du 5 mai 2023] massivement dans l’immobilier, des hôtels, des restaurants et des supermarchés en Amérique latine comme en Italie, en Belgique, en Allemagne et au Portugal notamment et en s’alliant avec un cartel colombien et un réseau d’origine albanaise opérant en Equateur ». En Sicile, Cosa Nostra s’est redéployée en profitant notamment d’aides et de subventions destinées à accompagner les difficultés sociales provoquées par la Covid 19. En juin 2022, le journal L’Espresso titrait « Italie. Je vous salue Mafia pleine de fric » et interrogeait les liens qu’entretient une partie de la hiérarchie de l’église catholique avec les organisations mafieuses. En octobre 2025, le journal La Republica titrait pour sa part « Mafia. La nuit, Palerme dans les flaques de sang ». 

La LDH est solidaire des associations, des syndicats, des journalistes, des intellectuels, des prêtres, de celles et ceux qui continuent à résister à ce redéploiement à grande échelle des mafias italiennes. D’autre part, concernant la justice en Italie, nous nous félicitons de l’échec au référendum du gouvernement d’extrême-droite de madame Meloni qui voulait remettre en cause l’indépendance des magistrats italiens. A ce sujet, nous en appelons depuis longtemps à un statut d’indépendance des procureurs français par rapport au pouvoir exécutif.

Mais ce combat contre les organisations mafieuses ne peut devenir à son tour oppressif. Comme il l’avait déjà fait en 2017 dans son rapport périodique sur l’Italie, en 2022, le comité européen pour la prévention de la torture et des traitements inhumains ou dégradants a de nouveau interpellé vivement l’Italie sur son régime de détention spécial. Ce système de haute sécurité maintient les détenus condamnés à l’isolement pendant des années dans des quartiers dédiés, sous surveillance constante. En février 2023, près de 750 personnes étaient incarcérées sous ce régime[2].

Ce système use de pratiques inquisitoriales : la détention provisoire abusive ou le refus de tout aménagement de peine en cas de condamnation à perpétuité pour crimes mafieux dès lors que les personnes concernées ne veulent pas collaborer avec la justice, la plupart du temps par crainte pour leurs proches. « Le vieil instrument de l’utilisation de la prison pour extorquer des aveux a donc été repris » selon Sergio Moccia, professeur émérite en droit pénal de l’université publique de Sermano[3]. Soulignons qu’en ce domaine la Cour européenne des droits de l’homme a condamné à plusieurs reprises l’Italie. Par ailleurs, nous rappelons que la matrice de la loi antimafia italienne est la loi antiterroriste de ce pays. Anne Schimel, docteure en sciences politiques, l’explicite dans ses travaux[4].

Côté français, le bilan n’est pas meilleur. Ces dernières décennies, des dizaines de lois toujours plus répressives n’ont pas fait reculer la criminalité organisée, ni contenu son développement. Nous notons avec intérêt ce que dit de cet échec le président du Conseil exécutif dans son rapport sur les pratiques mafieuses : « Le Conseil exécutif de Corse partage la préoccupation exprimée par de nombreux professionnels du droit selon lequel “avec l’inflation des lois sécuritaires, nous construisons les outils de notre asservissement de demain”»[5].

Comme en Italie pour la loi antimafia, les lois françaises contre la criminalité organisée s’inspirent de dispositions de la justice antiterroriste : rallongement des délais de garde à vue et des détentions provisoires, centralisation des procédures et éloignement de l’accusé de sa famille, prison de haute sécurité en référence au régime de détention spécial italien, généralisation des cours spéciales d’assises avec la suppression des jurys populaires, attaques répétées et toujours d’actualité contre le droit de la défense qui suscitent d’importantes réactions notamment du Conseil National des Barreaux…

Pour la LDH, l’atelier de la commission contre les pratiques mafieuses qui se donne pour objectif la promotion d’un délit d’association mafieuse s’inscrit pleinement dans cette trajectoire politique de régression des droits et d’asservissement. De fait, la commission reprend à son compte ce que la coordination antimafia revendique dans son appel à manifester du 04/10/2025. « Le Parlement a renforcé les lois contre la criminalité organisée, et ce n’est certainement pas terminé…. Mais si ces progrès sont conséquents après des années de déni, ils ne suffisent certainement pas pour annihiler la puissance de la menace mafieuse, car la mafia a profondément pénétré la société corse ».

Pourtant, le débat sur cette revendication pénale a eu lieu tout au long de l’atelier de la CdC « procédure, droit et politique pénale » et à l’Assemblée de Corse pendant plus d’un an. Il a été nourri d’auditions de personnalités spécialisées dans le droit pénal. Dans son rapport « Lutte contre les dérives mafieuses : trente mesures pour une société corse libre, apaisée et démocratique », le président du Conseil exécutif a pesé le pour et le contre de ces échanges. La conclusion de son analyse s’y lit sans ambiguïté : « La définition du délit d’association mafieuse serait trop large et ouvrirait la voie à un risque d’arbitraire judiciaire, notamment concernant l’élément constitutif relatif à la force d’intimidation liée à l’organisation mafieuse… Au bénéfice de l’ensemble de cette analyse, le Conseil exécutif de Corse, n’est pas favorable à la transposition du délit d’association mafieuse prévu dans par le droit italien en droit français. » -p.64. Ce débat a eu lieu et a été tranché par le vote à l’unanimité de ce rapport qui, dans le même temps a porté la création de la commission contre les pratiques mafieuses parmi les 30 mesures. La commission passe-t-elle outre la décision des élu·e·s. ?

Pour le bureau de la LDH Corsica, le plan de travail de la commission, sa vision d’une société corse inféodée à une emprise mafieuse, les amalgames et la méfiance envers la société corse qui en découlent et la revendication d’une loi d’exception forment un tout. Ils décrivent une même logique, celle de combattre les dérives mafieuses qui portent atteinte aux droits en projetant des réponses pénales qui les font régresser. Depuis sa création, notre association milite pour que le droit de punir nécessaire dans toute société démocratique, soit pensé en termes d’émancipation. Ce n’est pas le cas avec les travaux annoncés de cette commission. Nous nous en retirons définitivement.

Ligue des droits de l’Homme
Pour le bureau de la section de Corse
Marie-Josée Bellagamba, vice-présidente
André Paccou, délégué de Corse
Elsa Renaut, présidente


[1] France 3 Corse Via Stella – Corsica Sera 19/06/2026

[3] Aspects régressifs du système pénal italien-Déviance et société, 1997-Vol.21 –n°2

[4] Face au terrorisme : des lois spéciales à l’italienne - Revue Sociologie du travail n°4-86

[5] P. Spinosi - Entretien dans Le Monde - 25 novembre 2020

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Corse Matin 29/07

Corse Matin 30/07

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lundi 20 juillet 2026

Hommage à Patrice Bossart

 C’est avec beaucoup d’émotion que la LDH Corsica a appris le décès de Patrice Bossart, secrétaire général de l’UD CGT de Corse du Sud. Les nombreux échanges, réunions et manifestations qu’elle a partagés avec ce militant étaient chaque fois des moments empreints de fraternité pour une société plus juste. Le syndicalisme corse perd une personnalité qui à travers son action a sans cesse rappelé l’importance de la lutte pour les droits sociaux et contre les discriminations. À sa famille, à ses camarades de la CGT, la LDH présente ses plus sincères condoléances.

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vendredi 19 juin 2026

Projet de loi constitutionnelle sur l'autonomie de la Corse : pour la Ldh, "il est grand temps que l'on sorte de la logique des rapports de force avec l'État"

Communiqué de la section 2/06/2026 : La LDH et la réforme institutionnelle de la Corse : le choix des mots pour un apaisement durable
"Nous parvenons au terme du débat sur la réforme institutionnelle de la Corse conséquence de la situation émeutière qui a ébranlé notre société ainsi que l’Etat à l’annonce de l’assassinat d’Yvan Colonna. La LDH nationale en lien avec la LDH Corsica se sont impliquées dans ce débat. Une délégation a été reçue par les commissions du Sénat et de l’Assemblée nationale en charge de ce dossier. Elle a soutenu le projet d’une autonomie qui implique un pouvoir législatif donné à l’Assemblée de Corse et donc plus de responsabilités des Corses dans le choix de leurs élu·e·s. Ce pouvoir législatif est nécessaire particulièrement dans les domaines du développement et de l’aménagement durables de notre île. Il doit évidemment être placé sous le contrôle du Conseil d’Etat et du Conseil Constitutionnel. Il ne peut énoncer des mesures régressives en matière sociale et environnementale. Pour être effectif, il doit se fonder sur des politiques publiques définies dans le PADDUC notamment, qui réduisent les dépendances de la Corse en matière économique, par exemple en visant une autonomie énergétique et alimentaire, en lien avec les besoins des Corses et de leurs territoires. La LDH soutient également la proposition d’une inscription dans la Constitution de la reconnaissance du peuple corse, composante du peuple français, reconnaissance adoptée par l’Assemblée nationale en 1991. Enfin, elle considère la consultation des Corses sur cette réforme comme une exigence démocratique. Pour la LDH, la réforme institutionnelle devra permettre de sortir des logiques de rapports de force et de cycles de violence et de répression. Dans ses relations avec l’Etat mais aussi pour elle-même, la société corse a besoin d’apaisement. Elle y aspire. "

lundi 15 juin 2026

La section participait à la Marche des fiertés organisée par l'Arcu ce samedi 13 à Ajaccio


La section représentée dans le cortège :

L'appel à la Marche des fiertés de l'Arcu et ses signataires :

Corse-Matin 14 juin : 



Prise de parole de la section :

Pour la 4ème année, la LDH se félicite de l’organisation par l’ARCU de cette Marche des fiertés qui nous réunit, associations, syndicats et au-delà.
Ce qui nous rassemble, ce sont nos combats et engagements pour l’égalité de toutes et tous.
Il est important de nous rendre visibles, de nous faire entendre.
Si nous sommes ici, c’est parce que nous sommes convaincus qu’une société qui permet des discriminations est invivable, que les idéologies qui promeuvent ou normalisent les inégalités sont dangereuses.
Ensemble nous refusons l’homophobie, la lesbophobie, la transphobie, la biphobie, tout ce qui atteint, agresse, opprime, persécute les personnes à raison de leur orientation sexuelle, de leur identité ou expression de genre.
La LDH rappelle qu’elle était partie civile dans une affaire de guet-apens homophobe à Ajaccio dont les mis en cause reconnus coupables étaient mineurs au moment des faits. Nous le savons les guet-apens homophobes et transphobes font partie des agressions qui inquiètent particulièrement les associations LGBTIQA+. Il y en aurait eu un tous les 4 jours en 2025.
Sur cette question, on cite l’avis de la CNCDH de mars 2026 portant sur le « plan national contre la haine et les discriminations anti LGBTQIA + » qui aurait dû être mis en place depuis 2023. La CNCDH indique que parmi les 117 mesures prévues, à peine 20% ont été mises en œuvre et c’est le domaine de l'éducation qui a été particulièrement négligé. La CNCDH souligne que L’Etat délègue au milieu associatif son action de lutte contre les discriminations anti LGBTQIA + mais sans donner de moyens suffisants. Pire la CNCDH dénonce un « chantage à la subvention » et rappelle que « le financement public ne peut viser à réduire au silence ou à la discrétion des revendications des associations. »
Il nous faut continuer à nous battre pour l’effectivité des droits.
Autre sujet : la nécessaire solidarité avec les personnes LGBTIQA+ en danger dans le monde. Les régressions en Europe, comme en Italie sont inquiétantes. Mais aux USA, nous le savons, les décrets de Trump autorisent les violences transphobes. En Russie, les organisations qui défendent les droits LGBTIQA+ sont poursuivies comme terroristes. Sur le continent Africain, l’homosexualité est illégale dans 63 pays. Tunisie, Sénégal, Ghana …, Niger, ces jours-ci. Et c’est la peine de mort qui est encourue dans 12 pays.
La FIDH dénonce l’héritage colonial des phobies LGBTIQA+ rappelant que les lois coloniales pénalisaient l’homosexualité. Un expert de l’ONU souligne que dans les cultures précoloniales « la diversité était la règle ».
C’est au Sénégal qu’un ressortissant français est actuellement détenu pour « acte contre nature ».
Pourtant, c’est au Sénégal qu’existait au XIXe une figure de diversité, le statut de "gòor jigéen » qui signifie littéralement « homme femme » en wolof. Ce mot a pris ensuite le sens d’homosexuel. Mais aujourd’hui, il est employé comme une injure.
Cette question pour dire qu’il nous faut combattre pour le respect du droit d’asile, assurer la protection et l’accueil des personnes en danger pour leur orientation sexuelle ou leur identité de genre.
La LDH Corsica était heureuse d’apprendre, l’année dernière, que le droit d’asile avait été accordé à un jeune homme d’origine togolaise qu’elle avait accompagné, parce qu’en danger dans son pays d’origine à raison de son orientation sexuelle. Jeune homme que la préfecture de Haute-Corse avait pourtant mis sous OQTF puis placé en centre de rétention.
Des victoires sont possibles et il n’y a pas de petite victoire quand il s’agit de donner plus de droits, plus d’égalité.
La LDH le rappelle : les formes de discrimination, d’oppression à l’encontre des identités diverses, des expressions de genre s’appuient sur un modèle normatif patriarcal, sur des logiques de domination et de prédation qui ne reconnaissent pas l’altérité et assignent à des catégories.
Il est important d’être ensemble pour porter l’émancipation face aux normes sociales excluantes, aux ordres moraux et autoritaires que les idéologies d’extrême-droite revendiquent avec leurs conséquences.
Il reste beaucoup à faire en matière d’éducation, d’éducation à la diversité, à la rencontre, à l’égalité.
Car, nous terminons avec Amin Maalouf, « C’est notre regard qui enferme souvent les autres dans leurs plus étroites appartenances et c’est notre regard aussi qui peut les libérer. […] Ce qui est meurtrier, c’est de définir son identité contre l’autre ».

mercredi 3 juin 2026

Solidarité avec l'ESAT U Licettu d'Ajaccio

 La LDH Corsica exprime de nouveau sa solidarité avec les personnels et bénéficiaires de l'ESAT (Établissement et service d’accompagnement par le travail) U Licettu mobilisés maintenant depuis plusieurs semaines. Avec les familles, exprimant leur incompréhension, ils demandent la levée de sanctions disciplinaires prises à l'encontre de deux personnes salariées de l'établissement. La LDH soutient leur demande de levée de ces sanctions pour la sérénité de toutes et tous au sein de l'ESAT. Il nous faut saluer le rôle essentiel de ces personnels au service des personnes en situation de handicap.

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