mardi 13 janvier 2026

Assassinat de Alain ORSONI

L’assassinat d’Alain Orsoni s’inscrit sur la liste toujours plus longue des personnes assassinées, une liste sans cesse conclue par des points de suspension. A Frédérique, à ses enfants, à son frère, à leurs proches, la ligue des droits de l’Homme présente ses plus sincères condoléances. Alain Orsoni a été abattu au milieu des siens, lors de l’enterrement de sa mère. Il n’y a donc plus d’endroits, plus de moments à respecter dans notre société. D’autres assassinats nous ont dit déjà que ceux qui tuent ne respectent personne, ni les familles, ni les enfants. Combien de fois avons-nous vécu et revécu des temps d’effroi face à la brutalité des tueurs. Pour eux, notre société n’est qu’un décor peuplé de figurants. A force, les mots nous manquent. Nous vivons une violence de plus en plus indicible. Que se passe-t-il pour que nous soyons ainsi égarés, les mots hésitants, la conscience profondément troublée ?
Nous en appelons avec raison à l’Etat pour qu’il agisse et qu’il nous aide à comprendre. Dans le même temps, certains érigent des tribunaux populaires. Ils transforment les victimes en coupables et tendent à justifier l’adage selon lequel il n’y a pas de fumée sans feu. Leur bruit et leurs rumeurs font obstacle à ce qui s’impose comme une évidence vitale. Nous devons dire non, haut et fort, aux exécutions sommaires, à toutes les exécutions sommaires. Car se substituer ainsi à la parole des juges, c’est faire obstacle à toute prise de conscience au profit de querelles cyniques.
Dénoncer régulièrement, comme depuis 25 ans, la loi des armes, l’argent à tout prix, les haines malaxées par le temps en vengeances, la loi du sang… n’a jamais suffi. L’exercice de la citoyenneté n’est pas la seule responsabilité de l’Etat. Elle est aussi celle de la société elle-même. Par nos paroles, nos gestes et nos engagements, soyons chacune et chacun responsables de toutes et de tous.
Ajaccio, le 13 janvier 2026

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«Il est temps de poser des repères» : après l’assassinat d’Alain Orsoni, la société corse entre prudence et sursaut Réservé aux abonnés

Deux jours après la mort de l’ancien dirigeant nationaliste, abattu lundi 12 janvier dans le sud de l’île, les réactions publiques sont peu nombreuses mais certaines associations dénoncent la violence mafieuse ou appellent à refuser les logiques de vengeance.

Photo - Le président autonomiste du conseil exécutif de l’île, Gilles Simeoni, lors de la manifestation antimafia à Ajaccio, en Corse, le 15 novembre 2025. (Grichka Beysson-Leandri/Hans Lucas. AFP)

Par Samuel Ravier-Regnat envoyé spécial en Corse Publié le 14/01/2026 à 17h42

Est-ce la peur des représailles ? Une forme de malaise au moment de saluer la mémoire d’un personnage controversé, lié à l’univers sanglant du grand banditisme local ? Deux jours après l’assassinat spectaculaire de l’ancien dirigeant nationaliste corse Alain Orsoni dans son village de Vero, en Corse-du-Sud, lundi 12 janvier, les réactions publiques restent discrètes. Le président autonomiste du conseil exécutif de l’île, Gilles Simeoni, a certes dénoncé un crime qui «s’inscrit dans le sinistre cortège de drames et d’homicides qui endeuillent des familles» et «participe d’une pression mafieuse». Mais les principaux collectifs antimafia ont gardé le silence. «Il est trop tôt pour pouvoir être audible», explique une figure militante locale. L’enquête, pilotée par le tout nouveau Parquet national anticriminalité organisée en cosaisine avec la juridiction interrégionale spécialisée de Marseille, commence à peine, et le tueur n’a pas encore été identifié.

Des voix s’élèvent, cependant, pour dénoncer la violence. Pour rejeter, aussi, le récit émergent selon lequel les circonstances de l’assassinat d’Alain Orsoni – tué dans un cimetière alors qu’il assistait aux obsèques de sa mère, pour lesquelles il était revenu expressément de son exil au Nicaragua – constitueraient une violation d’un prétendu code d’honneur de la mafia corse. «Dire ça, c’est suggérer qu’il y a une forme de romantisme dans les meurtres. Mais ce n’est pas vrai. La mafia n’a pas de codes ni de morale. Elle veut juste obtenir des résultats», souligne auprès de Libération Dominique Yvon, représentant de la plateforme citoyenne de Corse et ancien référent sur l’île de l’association Anticor.

110 homicides depuis 2015

«On a déjà eu souvent, en Corse, des situations qui relèvent de l’insupportable», renchérit André Paccou, délégué de la Ligue des droits de l’Homme (LDH) en Corse. Et d’insister : «Rien que sur l’année dernière, un père a été assassiné devant son enfant et une jeune fille de 17 ans a été tuée parce que confondue avec son compagnon, dont elle avait emprunté la voiture. Il n’y a pas de graduation, seulement une répétition de violence criminelle qui est traumatisante pour toute la société.» Selon le ministère de l’Intérieur, 110 homicides ont été perpétrés en Corse depuis 2015, dont 50 règlements de compte – ce qui fait de l’île, au regard de sa population, le territoire le plus criminogène de France métropolitaine.

Face à cette flambée de violence, la société insulaire a tenté de se mobiliser. Des collectifs antimafia ont vu le jour. Des manifestations ont été organisées à Ajaccio et à Bastia en mars et en novembre 2025. A la fin du mois d’octobre, les élus de l’Assemblée de Corse ont approuvé la création d’une commission de lutte contre «les pratiques mafieuses», chargée notamment d’«améliorer les dispositifs existants et en proposer de nouveaux sur le plan législatif et réglementaire». Depuis le mois de septembre, des sessions de prévention, destinées à limiter l’influence des réseaux criminels et appelées «cours antimafia», sont proposées aux collégiens corses.

«Message»

Dans ce contexte, explique la figure militante citée plus haut, «cet assassinat est important dans ce qu’il envoie comme message après toutes les avancées de l’année 2025». Ainsi, selon l’association la Plateforme citoyenne de Corse, le signal envoyé par les assassins d’Alain Orsoni «s’adresse d’abord au camp directement visé, [mais] aussi à l’ensemble du “milieu” : affirmation d’une présence, d’une capacité d’action intacte, d’une prétention à contrôler les équilibres par la violence».

Le cardinal François Bustillo, évêque d’Ajaccio, a lancé ce mercredi 14 janvier sur France Inter «un appel très fort, confiant, à tous les Corses, à la paix, pour arrêter ce cycle mortifère de violence». «Je ne peux pas accepter que la Corse cède à ses démons. L’île de Beauté ne doit pas montrer sa laideur, mais vraiment toute sa splendeur», a-t-il déclaré. «La société corse doit maintenant réfléchir aux mécanismes qui font qu’on se retrouve dans cette situation, relève André Paccou, de la LDH. Il est temps de se poser des questions sur le développement de la rente touristique ou l’usage des armes, par exemple. Il est temps aussi de poser collectivement des repères. Il faut dire non à la vengeance et aux exécutions sommaires, qu’importe qui est la victime.»

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Présence de la section aux côtés de la famille aux obsèques de Alain Orsoni

Corse-Matin 18/01 :