Le 1er
anniversaire des QLCO
Le
22 juillet dernier, le ministère de la justice et l’administration
pénitentiaire ont communiqué sur les réseaux sociaux à propos du premier
anniversaire de la création des quartiers de lutte contre la criminalité
organisée - QLCO. Le ministère indique : « Il y a un an jour
pour jour le QLCO de Vendin-le-Vieil accueillait ses premières personnes
détenues » et précise « un autre QLCO a été mis en
service à Alençon-Condé-sur-Sarthe » en octobre. Ces installations
venaient à la suite de la promulgation de la Loi visant à sortir la France
du piège du narcotrafic en
juin 2025.
Le ministère informe qu’aujourd’hui ce sont « 140 détenus les plus
dangereux de France » qui sont incarcérés dans ces deux QLCO. A l’occasion
de ce 1er anniversaire, il annonce la création très prochainement
d’un 3ème QLCO à Réau, puis d’un 4ème et d’un 5ème
en 2027 à Valence et Aix-Luynes. Il se félicite de la « sécurité
maximale » au sein de ces QLCO avec des « caillebotis aux fenêtres,
des arrêtoirs de porte, des trappes de menottage, des parloirs sans contact
avec hygiaphone, des salles de visioconférence pour limiter les extractions »
…
Badinter renié en même temps
que panthéonisé
C’est
devant l’Assemblée de Corse, le 27 février 2025, que le ministre de la Justice
Gérald Darmanin avait annoncé la création de ce régime de détention spécifique précisant que celui-ci était inspiré du
modèle italien appelé 41-bis. Un autre
ministre de la Justice avait supprimé les quartiers de haute sécurité - QHS en
1982. Il entendait lutter contre « un régime carcéral inhumain » et
agir au nom du refus de l’« indignité d'un État de droit qui se nie lui-même ».
C’était Robert Badinter, panthéonisé le 9 octobre 2025, jour anniversaire de
l'abolition de la peine de mort en France mais aussi à quelques semaines du
rétablissement des QHS sous ce nom de QLCO.
En janvier 2026, pour la 9e fois, la France a été condamnée par la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) en raison des conditions de détention et notamment pour traitements inhumains et dégradants dans ses prisons. De son côté, l’Etat se félicite de cette « avancée » dans la répression à coups de mesures d’exception. En revanche, pour les personnes incarcérées dans les QLCO, pour leurs familles, pour l’OIP et la LDH, l’inquiétude grandit.
Que se passe-t-il au QLCO du centre pénitentiaire de Vendin-le-Vieil ?
Des familles de détenus constituées
en collectif et soutenues par l’OIP dénoncent des traitements inhumains et
dégradants, une rupture insoutenable des liens familiaux : « Pour
plusieurs d'entre nous, cela fait aujourd'hui plus d'un an que nos proches,
placés sous le régime QLCO vivent sans le moindre contact physique avec leur
famille. Pas une main serrée, pas une étreinte, pas un geste de réconfort
simple depuis plus de douze mois. [Cette privation] dégrade fortement les
personnes détenues comme leurs proches, sans que cette dégradation ne serve
aucun objectif de sécurité ou de réinsertion. » Elles interpellent sur des atteintes graves au secret
professionnel et aux droits de la défense : « Plusieurs avocats de
nos proches se sont vu demander par l'administration pénitentiaire d'être
placés sur écoute, ou à tout le moins d'accepter une forme de surveillance de
leurs échanges téléphoniques avec leur client, alors même que ces conversations
portent sur la préparation de la défense. »
Que se passe-t-il au QLCO du centre pénitentiaire
d’Alençon-Condé-sur-Sarthe ?
Dans des recommandations en urgence publiées au
Journal Officiel le 9 juillet 2026, le Contrôleur général des lieux de
privation de liberté signale : Les constats effectués … révèlent des
violences commises sur des détenus par des membres du personnel pénitentiaire [dont]
l’usage disproportionné de la force, des brimades, des propos enfreignant la
loi et la déontologie... Lors des fouilles à nu, particulièrement nombreuses,
un mécanisme récurrent d’escalade s’exerce … Des modalités de réalisation de
ces fouilles sont humiliantes ou brutales : maintien en équilibre sur un pied,
bras tendus sans possibilité de prendre appui … Lorsqu’il est fait usage de la
force et notamment de pratiques de « pliage », les détenus, le cas échéant déjà
nus, sont projetés ou immobilisés au sol. Ces techniques d’immobilisation
peuvent s’accompagner de doigts dans la bouche et dans les yeux, de pratiques
asphyxiantes, de prise des parties génitales. Dans un bureau occupé par des
officiers, un tableau blanc porte l’inscription :“ Si tu peux parler, c’est que tu respires ☺ ”. Dans plusieurs
situations documentées, ces violences ont entraîné des lésions médicalement
constatées… Les agents du QLCO portent en permanence une cagoule. Le sentiment
d’impunité se développe d’autant plus que les détenus ne disposent pas de
véritables moyens d’identifier les agents fautifs. »
Le
18 juillet, le Tribunal administratif de Caen, notamment saisi par la LDH, a
confirmé ces atteintes graves aux droits fondamentaux des personnes incarcérées
en ordonnant au ministre de la Justice « de prendre toutes les mesures
utiles afin de mettre un terme, dans les meilleurs délais, aux comportements
contraires à la déontologie commis par certains agents lors de leurs
interactions avec les personnes détenues au quartier de lutte contre la
criminalité organisée (QLCO) du centre pénitentiaire
d’Alençon-Condé-sur-Sarthe ».
Face à toujours plus d’exception, à toujours plus de dénis d’humanités, la LDH en appelle à défendre toujours plus les droits.
Ajaccio,
le 6 août 2026