Ajaccio, le 19/03/2014
Aux
associations,
membres de
la Coordination de la Lutte contre l’Exclusion
d’Ajaccio
Mesdames et
messieurs
Chers amis,
Dans le cadre de la préparation des élections municipales d’Ajaccio, vous
avez adressé un questionnaire aux différentes listes candidates. Vous les
interrogiez sur leurs propositions en matière de lutte contre la pauvreté.
Votre action a le mérite de rappeler l’urgence sociale. Toutefois, le bureau de
la section de Corse de la Ligue des Droits de l’Homme s’étonne que votre
document soit parvenu au Front national.
Comme le rappelle le politologue, spécialiste de l’extrême-droite, Jean-Yves
Camus, « la priorité nationale », autrement dit la préférence
nationale, « … reste l’épine dorsale du FN ». Elle signifie des
politiques discriminatoires en matière de versement des prestations sociales et
la priorité aux Français dans l’accès au logement et à l’emploi. Sont visés les
étrangers, notamment les sans papier qui, et vous le constatez dans votre
action quotidienne, constituent une population particulièrement frappée par la
pauvreté.
Dans la réponse qu’il vous adresse, le responsable de la liste
d’extrême-droite ne mentionne pas la priorité nationale. Il se contente d’une
formule très générale, renvoyant à la nécessité d’ « une action de réforme
qui s’inscrit dans le temps et qui doit mobiliser les pouvoirs du ressort des
Etats ». La réponse précise à votre questionnement se trouve donc dans le programme
présenté par Marine Le Pen lors des dernières élections présidentielles.
La LDH considère qu’il y a danger à considérer le FN comme un parti
s’inscrivant dans les normes démocratiques. De par son histoire, qui n’est pas
remise en cause par ses responsables actuelles ; de par son idéologie
prônant l’inégalité en droits et en dignité, le FN n’est pas un parti comme les
autres. Débattre avec lui, quelle que soit la forme de l’échange, c’est prendre
le risque de banaliser un discours de rejet de l’autre. C’est donner à la
xénophobie, l’apparence d’une opinion.
La pauvreté n’est pas un problème ethnique. Elle relève de la question
sociale. Ensemble, nous devons faire en sorte qu’elle ne soit pas l’oubliée des
débats politiques. Ensemble, nous devons aussi veiller à ne pas donner la
parole à ceux qui sont toujours prompts à désigner des boucs-émissaires.
Le Bureau