"La Ligue ne se borne pas à prendre en charge la portion de justice inscrite dans la loi ; elle veut inscrire dans la loi la totalité de la justice." Victor BASCH au Congrès de 1929. Il a été président de la LDH de 1926 à 1944. Il fut assassiné avec sa femme Ilona par la milice française le 10 janvier 1944.

mercredi 28 octobre 2015

Tensions racistes et xénophobes - Lettre ouverte adressée aux élus territoriaux

                                                                                                                           Ajaccio, le 27/10/2015
Mesdames, Messieurs les élus 
de l’Assemblée de Corse                                                                                                                                                                 et du Conseil Exécutif de Corse

La LDH alerte sur la succession d’événements racistes et xénophobes qui agitent la société corse.
Une fête d’école annulée à Prunelli di Fium’orbu parce que des parents refusent que leur enfant prononce quelques mots en arabe, une fête cultuelle annulée à Ajaccio parce que certains  s’opposent à l’expression publique de la religion musulmane, une manifestation « anti-migrants » à Bastia au prétexte qu’il faut donner la priorité aux pauvres de Corse. Cela s’ajoute aux actes racistes anonymes qui visent régulièrement des salles de prière musulmanes. Cela s’ajoute aux propos racistes et xénophobes qui s’affichent, circulent et s’amplifient sur les réseaux sociaux.
Si ces événements  peuvent traduire des inquiétudes et des ressentiments, ce sont surtout des manifestations publiques de racisme et de xénophobie trop nombreuses pour ne pas inquiéter.  Nous ne pouvons accepter leur banalisation. Comme nous ne pouvons accepter que des personnes soient ainsi stigmatisées et humiliées parce qu’elles parlent arabe ou parce qu’elles sont de foi musulmane.
Par deux fois ces mobilisations ont conduit à annuler des fêtes en imposant le repli et la peur au nom de l’identité corse, au nom d’une Corse chrétienne. Ce qui s’est également exprimé, c’est la « préférence nationale » pour les pauvres de Corse, c’est la revendication d’une solidarité exclusive.
Nous ne pouvons laisser ces confusions, ces incompréhensions, ces haines en l’état au risque de voir se renforcer les idéologies du pire.
Il en va de la responsabilité de toutes les organisations démocratiques de réaffirmer les principes  de laïcité et de justice sociale, de riposter aux tensions racistes et xénophobes dangereuses pour notre société.
Des ressources existent pour construire une société apaisée. Des responsables politiques ont déjà envoyé des messages positifs ; que ce soit M. Marcangeli qui a défendu le principe de la liberté de culte à Ajaccio, que ce soit M.Tatti qui a affirmé la nécessité de la solidarité à l’égard des réfugiés, que ce soit M. Acquaviva qui a proposé d’organiser cette solidarité dans sa commune.
En ce sens, nous nous félicitons du rapport adopté par l’Assemblée de Corse relatif au « dispositif d’accueil des réfugiés  et à l’affectation des fonds associés ». Ce geste politique nous rappelle une autre position de la représentation territoriale, il y a une quinzaine d’années,  lorsque plusieurs dizaines d’Algériens fuyant la guerre civile étaient venus se réfugier en Corse. Les élus corses s’étaient adressés à l’Etat en lui demandant le respect du droit d’asile.
Hier et aujourd’hui, la même exigence pour dire la fraternité. Tout cela honore et renforce notre institution.
Pour la LDH, il est essentiel de dire et de redire notre attachement aux valeurs humanistes, de dire et d’expliquer aux jeunes générations que la fraternité est un ciment de notre société, et la xénophobie un poison pour notre communauté de destin. La campagne électorale qui s’ouvre est une occasion pour ne pas laisser les idéologies xénophobes polluer l’espace public en détournant le débat démocratique de ses véritables enjeux : la liberté, l’égalité en droits et en dignité.
C’est dans cette perspective que nous vous demandons, Mesdames et Messieurs les élu-e-s, de porter ces principes lors de la campagne des territoriales de 2015. 

                       Le bureau de la section LDH Corsica