"La Ligue ne se borne pas à prendre en charge la portion de justice inscrite dans la loi ; elle veut inscrire dans la loi la totalité de la justice." Victor BASCH au Congrès de 1929. Il a été président de la LDH de 1926 à 1944. Il fut assassiné avec sa femme Ilona par la milice française le 10 janvier 1944.

samedi 6 décembre 2014

Texte de présentation de l'intervention d'André Paccou à l'Université d'automne de la LDH, qui s'est tenue les 29 et 30 novembre à Paris.

André Paccou, membre du Comité central de la LDH, est intervenu lors de la table ronde sur le thème des "Crispations identitaires."

"Citoyennetés et appartenances en Corse, et au-delà.

Débattre de la Corse à cette tribune n’est pas un hasard. Ce territoire est emblématique du questionnement sur l’identité. Depuis quarante ans, la Corse interpelle la République sur son caractère uniforme. On retient surtout le bruit des bombes. On ne doit pas oublier que le débat a été porté, sur la base d’une résolution de l’Assemblée de Corse, au niveau constitutionnel. Le 9 mai 1991, le Conseil constitutionnel censure l’expression « le peuple corse, composante du peuple français », contenu dans l’article 1 du projet de loi Joxe, lui-même adopté, dans son intégralité, par l’Assemblée nationale.
Peu importe, la mobilisation engagée au tournant des années 70, dans le sillage des luttes de décolonisation, et avec l’émergence du régionalisme,  gagne en intensité et en maturité. La demande de reconnaissance d’une spécificité politique et culturelle ne cesse de progresser dans la société corse.
La Corse ne laisse pas indifférente. Depuis les évènements d’Aléria, en août 1975, elle mobilise régulièrement les politiques et les médias. Cette attention ne se résume pas aux agitations qui peuvent la secouer. Lorsque le débat se noue enfin,  pour projeter une autre place de la Corse dans la République, les propos se font sans nuance.
En 1999, Lionel Jospin, premier ministre, engage le processus de Matignon. Certains, dont son ministre de l’intérieur Jean Pierre Chevènement, l’accusent d’ouvrir la boîte de Pandore. Ils dénoncent le risque d’une contagion séparatiste. Quel sens peut-on  donner à cette passion française ? Quelles représentations sont mobilisées lorsque la place de la Corse dans la République est débattue ? Les crispations identitaires sont souvent au rendez-vous. Le champ politique est vite saturé par « les vocabulaires émotionnels » et les affirmations essentialistes.
La République peine à définir la Corse en son sein. Mais les Corses ne s’égarent-ils pas dans une quête identitaire au risque de s’écarter des valeurs universelles ? Le slogan « I francesi fora », « les Français dehors », les agressions contre des fonctionnaires, les attentats visant des lieux de culte musulmans, les assassinats de personnes d’origine maghrébine, le racisme, la xénophobie, les dérives différentialistes, rappellent que la communauté de destin est une construction fragile, un débat de société permanent.

Un regard porté sur ces quarante dernières années, avec la prise en compte de différents contextes et des changements intervenus dans la société corse, permet d’éviter les pièges de l’identité. On constate alors que le débat entre la Corse et la République n’est pas épuisé, tandis que la mondialisation bouscule les Etats et les sociétés. Mais surtout, on s’étonne de découvrir de nouveaux espaces pour penser la citoyenneté en Corse, et au-delà. En ce sens, la Corse n’est pas une exception, mais « un laboratoire où se joue notre avenir »."

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