"La Ligue ne se borne pas à prendre en charge la portion de justice inscrite dans la loi ; elle veut inscrire dans la loi la totalité de la justice." Victor BASCH au Congrès de 1929. Il a été président de la LDH de 1926 à 1944. Il fut assassiné avec sa femme Ilona par la milice française le 10 janvier 1944.

mardi 16 juin 2015

Grève de la faim des prisonniers politiques corses et basques à Fleury-Mérogis : conférence de presse Associu Sulidarità - LDH

DECLARATION COMMUNE 
ASSOCIU SULIDARITÀ / LIGUE des DROITS  de L’HOMME
Conférence de presse du 16 juin 2015

L’associu Sulidarità et la ligue des droits de l’homme sont une nouvelle fois réunies dans une démarche commune ce jour,  afin de dénoncer la situation faite aux prisonniers politiques corses incarcérés à la prison de Fleury-Merogis  et leur apporter un  total soutien dans leur action engagée, face au refus incompréhensible de la direction de cet établissement  de maintenir un troisième parloir prolongé par semaine pour les visites familiales.

Devant cette situation, qui pénalise fortement les familles dans leur droit de visite, les prisonniers politiques corses de Fleury-Merogis  ainsi que les ressortissants basques, avaient la semaine dernière, initié un mouvement de protestation, en refusant les plateaux repas.

Suite à, leur action pacifique et responsable, ils ont obtenu une entrevue avec la directrice qui à l’issue de cet échange est restée sur une position de refus.

Aussi  devant une telle  attitude  injuste et incompréhensible, nos compatriotes et les détenus basques ont décidé depuis hier matin de durcir leur mouvement revendicatif en entamant une grève de la faim totale et illimitée.

Cette action de Fleury est également soutenue et accompagnée par des initiatives de soutien dans diverses prisons parisiennes et par les prisonniers politiques corses de Borgu.

Pour bien comprendre la situation, il est important de rappeler qu’en matière de droit de visite la loi  pénitentiaire  et  la Cour  européenne des droit de l’homme prévoit que celui-ci  s’exerce au moins 3 fois par semaine pour les prévenus, 1 fois par semaine pour les condamnés ; et que tout obstacle y compris matériel à l’accès à ces dispositions, est considéré comme une atteinte caractérisée à ce droit fondamental.

L’exil carcéral forcé pour les détenus politiques  et le coût financier qu’il signifie pour les familles constituent des obstacles à l’accès au droit de visite. Ils sont une atteinte caractérisée à ce droit fondamental.

Au prix de grands sacrifices matériels et physiques, les familles se battent pour maintenir un lien familial  avec leurs proches emprisonnés. Jusqu’à présent, celles résidant à plus de 250 kilomètres du lieu d’incarcération avaient la possibilité d’accéder à des parloirs prolongés  au nombre de  3 par mois.

Désormais, suite à un simple changement de gestion des parloirs engagé au mois de juin 2015 par la nouvelle direction de Fleury-Mérogis, les parloirs simples passent de 30 minutes à 45 minutes et les parloirs dits « prolongés » de 1h00 à 1h30. Avant ce changement, les familles concernées par les parloirs prolongés, conséquence de l’éloignement carcéral, avaient droit à 3 parloirs prolongés par mois. Dorénavant  ils n’en auront plus que 2 espacés de 15 jours.

Le changement de gestion des parloirs aggrave cette situation. Il a pour conséquence de désorganiser encore plus les déplacements, de puiser encore plus dans les jours de congés. Rappelons que les horaires de parloir du samedi, de 8h05 à 9h35, sont en total décalage avec les horaires des avions en provenance de Corse.

Rappelons qu’une visite à Fleury-Mérogis équivaut à un trajet de 1100 km pour une famille corse ; qu’elle signifie des déplacements difficiles à organiser, des visites irrégulières, en moyenne, une visite par mois de 4 heures cumulées dans le mois, contre 9 heures pour les familles résidant en région parisienne lorsque le système était celui des parloirs prolongés. Aujourd’hui, le changement voulu par la nouvelle direction aggrave la discrimination que subissent les détenus corses et basques.
Depuis plusieurs mois, la question des prisonniers politiques corses est considérée comme centrale dans la construction d’un processus d’apaisement durable. L’Assemblée de Corse dans sa totalité demande le respect des droits de ces détenus. Tel est le sens premier de leur rencontre avec la Garde des sceaux, Madame TAUBIRA, il y a quelques jours. De plus en plus de Corses portent cette même revendication comme l’atteste l’importante mobilisation dans les rues d’Ajaccio samedi dernier. Le principe d’une amnistie a été également adopté par l’Assemblée de Corse.

Au Pays basque, la question des détenus corses et celle de leurs droits sont également considérées comme une priorité pour construire la paix. Cette exigence a été largement exprimée lors de la rencontre humanitaire sur le Pays basque qui s’est tenue à Paris il y a quelques à laquelle nos deux associations ont participé.

Aujourd’hui, nous rappelons les revendications portées par Sulidarità et la LDH dans le cadre d’une plateforme commune « Une urgence démocratique et sociale » rendu publique en juillet 2014 :
-          le regroupement des prévenus corses dans une seule prison de la  région parisienne
-          la fin de  l'ostracisme  en matière de libertés conditionnelles dont sont victimes les prisonniers politiques corses  
-          le respect de la loi pour les prévenus dont l'instruction est close, qui ont droit au rapprochement familial en Corse au même titre que les détenus  définitivement condamnés.

Nous rappelons également que la totalité des prisonniers politiques corses condamnés sont conditionnables, certains depuis longtemps.

Notre démarche commune est à l’origine de la rencontre avec la Garde des sceaux. Mais elle ne s’arrête pas avec cette rencontre. L’attitude de fermeture de la direction de Fleury-Merogis  reste du domaine de l’incompréhensible. Cet autisme administratif est insupportable. Il oblige les prisonniers à recourir à la grève de la faim pour se faire entendre au-delà des murs de la prison. C’est au gouvernement et au Président de la République que les détenus corses et basques s’adressent. Pour que leurs voix portent, ils ont besoin de notre soutien. Ils ont besoin de la solidarité la plus large.
Le changement de gestion de parloirs  à  la prison de Fleury-Merogis est une décision irresponsable, une agression contre les familles et les détenus corses et basques. Il est évident que le transfert des prisonniers  politiques corses à  Borgu et des détenus politiques basques au Pays basque est la solution raisonnable et humaine, synonyme de paix.
Mais dans l’immédiat, afin de mettre fin aux tourments  des familles, nous exigeons que la direction de la maison d’arrêt de Fleury-Merogis rétablisse la périodicité de 3 parloirs prolongés par mois.
Ajaccio, le 16/06/2015
l’associu Sulidarità
et la section de Corse de la LDH

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 LIRE LA DECLARATION DES COMPAGNES DES DETENUS DE FLEURY-MEROGIS :

"Discours  conférence de Presse MARDI 16 JUIN 2015

Aujourd’hui notre discours est un appel à l’aide, un appel à la solution.
Nous, familles de détenus politiques, sommes personnellement touchées par la situation de nos maris, nos enfants, nos pères de familles.

Nous venons vous parlez d’un droit de l’homme, le droit de visite.
Il est celui qui nous permet de garder un contact  avec ceux qui ont été exilé dans les prisons lointaines, loin de nous, loin de leur île.
Nous connaissons un rythme de visites qui se maintient à un aller retour par mois.
Une fois sur place, les retrouvailles chaleureuses avec les détenus et ce petit moment avec eux est le seul bon souvenir que nous aimons gardé de ces lieux. Et nous y attachons beaucoup d’importance.

Au sein de la Maison d’arrêt de Fleury Merogis,  depuis 18 mois de  vie « conjugale carcérale », nous pouvions visiter les détenus pendant 30 minutes et bénéficier de 3 parloirs prolongés par mois. (car nous sommes à plus de 200km Paris).

Depuis le 1er Juin, la réglementation à changé. Elle nous « offre » 15 minutes de parloir simple… Un cadeau pourrait on croire ? Et bien oui un cadeau empoisonné car nous devrons nous passer d’un parloir prolongé, soit 2 par mois au total.

Comment peut-on comprendre ou accepter un tel changement, en sachant qu’il y a peu de temps, Fleury Mérogis proposait 4 parloirs prolongés aux familles.
Pourquoi cette privation ? la prison n’est elle pas assez dure à vivre ?
L’éloignement n’est il pas assez lourd à supporter ?

Visiblement rien n’est assez difficile pour nous et pour les détenus vu ce nouveau règlement. Après les courriers et les appels interminables pour joindre la direction de cette prison afin d’intervenir face à cette situation, Nous voilà sans réponse. Personne n’a daigné s’intéresser au problème.

Dans cette maison d’arrêt y sont incarcérés : les prisonniers politiques Basques ainsi que les nôtres : Xavier Ceccaldi, Cédric Courbet, Eric Marras et Laurent Susini.

Ils ont entamé  tous ensemble, hier matin une grève de la Faim pour protester contre ces faits. Ils réclament un règlement digne de la plus grande maison d’arrêt d’Europe.
C’est à dire 4 parloirs prolongés par mois, afin que nous puissions continuer à les voir dans des conditions adaptées à notre éloignement.

Nous tenons à remercier les autres détenus politiques, entre Borgo et Paris, qui ont décidé de se manifester en soutien aux détenus politiques de fleury merogis.

Au nom des familles des ces prisonniers, je retiens toute votre attention sur l’impact que ces parloirs peut avoir sur les détenus. Ils en ont besoin, Nous en avons besoin.
Ei si ils se battent, nous nous battons.
Je vous parlais au début de mon discours, d’une Solution et non pas de plusieurs solutions… car il n’y en a qu’une à nos yeux : elle s’appelle l’Humanité.                       Merci.