"La Ligue ne se borne pas à prendre en charge la portion de justice inscrite dans la loi ; elle veut inscrire dans la loi la totalité de la justice." Victor BASCH au Congrès de 1929. Il a été président de la LDH de 1926 à 1944. Il fut assassiné avec sa femme Ilona par la milice française le 10 janvier 1944.

jeudi 4 juin 2015

Déclaration commune "POUR UNE CORSE DE LA FRATERNITE"

Après les grands rassemblements du 11 janvier 2015 à Ajaccio et Bastia, autour d’un appel « Pour la liberté et la fraternité », nous, représentants des cultes et de la ligue des droits de l’homme avons débattu publiquement de « la Corse, terre de laïcité », le 2 mai à Bastia, avec la participation également du recteur de l’académie de Corse et du représentant du groupe de réflexion Corte 96.
 Par ces initiatives, nous voulons affirmer notre engagement pour un vivre ensemble fondé sur le respect de l’autre et le pluralisme.

Le principe de laïcité est au cœur de cet engagement. Il garantit la liberté de conscience et la liberté des cultes. Il crée les conditions de la neutralité de l’Etat tout en prenant en compte, au sein de la société civile, la pluralité des convictions. Il préserve la liberté des uns et des autres, avec les mêmes droits et les mêmes contraintes.

Evidemment, nous considérons que les contraintes liées au respect  de l’ordre public et au refus de ce qui incite au mépris ou à la haine, sont inhérentes à la démocratie. Mais nous nous inquiétons des discours voire des projets de loi qui relèvent d’une volonté d’une uniformisation de la société, dans les habitudes et les choix vestimentaires ou alimentaires, dans la vie quotidienne, à l’université, dans les entreprises…. qui entraîneraient une diminution drastique des espaces où s’exercent les libertés individuelles.

Dans une société dont l'histoire a été durablement marquée par la culture chrétienne, nous militons pour un projet de société fondée sur la possibilité qu’a chaque individu de vivre selon sa conscience.

Nous inscrivons notre engagement dans le contexte singulier de la société corse, convaincus que notre communauté de destin s’enrichit tout autant de sa diversité que de sa singularité au sein de la République, et qu’entre les deux, il n’y a pas à choisir, sinon à vouloir détruire l’une et l’autre.

Nous refusons ensemble les fragmentations et les stigmatisations. Nous condamnons les violences qui visent les lieux de culte. Nous n’acceptons pas que certaines femmes et certains hommes soient les boucs-émissaires d’une crise dont ils sont aussi les victimes. Nous faisons le choix d’une société de partage des richesses et de solidarités.

Nous alertons les citoyennes et les citoyens sur les dangers que porte une vision simpliste du monde, fondée sur la thématique d’une guerre des civilisations entre l’Occident et un Orient soi-disant « islamique ». Nous exprimons une solidarité sans partage avec toutes les victimes d’actes de barbarie et de terrorisme.

Partout où, dans notre société,  s’organise la vie sociale, dans les écoles, les terrains de sport, les villages, les quartiers…, partout où des femmes et des hommes souffrent de la pauvreté, vivent dans la solitude, sont victimes de l’injustice…, nous appelons les Corses à construire une Corse de la fraternité

 Ajaccio et Bastia, le 28/05/2015

Les signataires :  Daniel Bueno, officiant de la communauté israélite de Bastia – Jean Sébastien de Casalta, vice-président de la section de Corse de la ligue des droits de l’homme (LDH) -  Olivier de Germay, évêque de l’Eglise catholique de Corse – Fodel En Faddouli, vice-président du rassemblement des musulmans de Corse (RMC) -Miloud Mesghati, président du RMC – André Paccou, membre du Comité central et de la section de Corse de la LDH - Gaston Pietri, prêtre, représentant du groupe de réflexion Corte 96 - Marie Odile Wilson, pasteure de l’église protestante unie de Corse