"La Ligue ne se borne pas à prendre en charge la portion de justice inscrite dans la loi ; elle veut inscrire dans la loi la totalité de la justice." Victor BASCH au Congrès de 1929. Il a été président de la LDH de 1926 à 1944. Il fut assassiné avec sa femme Ilona par la milice française le 10 janvier 1944.

lundi 19 décembre 2016

La section contribue au débat public "Lutte contre la précarité" initié par la Collectivité Territoriale de Corse

Lire la contribution LDH Corsica :

"Contre la précarité, l'égalité réelle"
Un logement indigne, pour certains la rue, la solitude, la marginalisation, le sentiment d’être inutile en passant par un accès aléatoire voire impossible à d’autres droits de l’homme : la santé, l’école, la justice… Telle est la vie quotidienne de milliers de Corses confrontés à la précarité.
La précarité est pour beaucoup de familles d’origine populaire, une pauvreté aggravée par rapport aux générations précédentes, un retour en arrière. Elle est un basculement, un déclassement pour des familles de classe moyenne aujourd’hui aspirées par la pauvreté. Les jeunes sortant trop tôt de l’école, des retraité-e-s ne disposant pas de ressources suffisantes pour vivre dignement, des petits commerçants, des artisans, des agriculteurs confrontés à la faillite, les femmes isolées, les étrangers, les fonctionnaires aux faibles revenus … En Corse comme ailleurs, la précarité frappe sans distinction les milieux sociaux les plus fragiles. 
Le précariat devient une norme sociale, détricotant toujours plus la société que certains veulent assimiler à une arène vouée au mercantilisme, à la loi du plus fort, à la guerre de chacun contre chacun, au sauve qui peut, et tant pis pour les moins compétitifs. 
Il y a quelques années, nous avons su combattre un projet de planification du précariat. Nous avons su nous mobiliser contre la désanctuarisation de la Corse. Puis un plan d’aménagement et de développement durable, le PADDUC, a été élaboré avec l’ambition d’un développement économique maîtrisé au service de l’intérêt général. Un plan de lutte contre la précarité a été annexé au PADDUC. Mais hélas, force est de constater que nous sommes en difficulté face à la spéculation et à l’esprit de rente. Des programmes immobiliers continuent à éclore sans respect pour les lois de l’environnement. L’artificialisation des terres progresse toujours plus au détriment des terres agricoles. Et le nombre de Corses vivant sous le seuil de pauvreté ne cesse d’augmenter. 
Pour riposter, certains imaginent un protectionnisme à «l’usu corsu » tandis que d’autres militent pour plus de défiscalisation, moins de contraintes, entendons moins de protections et plus de libéralisme. Le repli sur soi, la mise en cause des services publics et des protections sociales contribuent à alimenter des paniques sociales où la xénophobie instrumentalisée par certains trouve à s’épanouir. Face à ce vieux débat entre ouverture et fermeture, d’autres alternatives s’organisent : la monnaie locale et solidaire, les circuits courts, l’accès au numérique pour tous, la transition énergétique, l’aide aux personnes, un tissu associatif culturel, social, sportif véritable acteur économique et vecteur de nouveaux liens sociaux…. Face à la précarité, il n’y a pas de fatalité. 
Combattre la précarité, c’est mobiliser toute la société, les élus, les organisations politiques, les associations, les entreprises, les syndicats.... autour d’un même objectif : faire de la lutte contre les inégalités, le cœur de notre projet de société. Evidemment, il nous faut définir des actions ciblées, des programmes spécifiques, par exemple un programme de développement du logement social. Mais pour que ces actions et ces programmes de lutte contre l’exclusion ne perdent pas en cohérence, pour qu’ils puissent s’inscrire dans la durée et dans tous les territoires, il est indispensable de systématiquement penser les politiques publiques, les engagements associatifs, les investissements privés dans le cadre d’une société solidaire. 
L’aménagement du territoire, la scolarité et la formation de nos enfants et de notre jeunesse, l’implantation d’une nouvelle activité économique ou le soutien à une activité déjà existante, les transports, la recherche et le développement, l’accès à la culture et aux sports… Aucun domaine de notre vie sociale ne doit échapper à l’objectif prioritaire de lutter pour l’accès aux droits pour tous, pour l’égalité réelle. Lutter contre la précarité, c’est affirmer que chacun dans son domaine de responsabilité, engage sa responsabilité sociale. 
Ajaccio, le 18/12/2016